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Compte-rendu du 8 août – Chronique de Palestine

mercredi 9 août 2017

Rencontre avec un enfant du camp de Dheisheh, 14 ans, libéré hier de prison...

"Je m appelle O., je vis ici dans le camp de réfugié-e-s, mon village originel Umm ad Dafouf. J’ai été arrêté a Doha il y a maintenant plus de 5 mois..."

Arrestation et interrogatoire

« Je me rappelle bien du jour de mon arrestation, je marchais dans la rue principale, avec deux personnes dans l’apartheid road près de Beit Jala.

Les soldats sont sortis de nulle part et nous ont kidnappés.

Nous nous sommes fait attacher les mains, les pieds et couvrir la tête puis emmener dans les jeeps.

Quand ils nous ont enlevé ce qui nous couvrait la tête, nous étions arrivés au centre d’interrogatoire d’Atarot (près de l’ancien aéroport de Jérusalem)

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Nous avons été frappés de nombreuses fois et dès le moment de l’arrestation. Après deux heures d’attente, deux soldats nous ont amenés dans une pièce. Les deux soldats chargés de l’enquête nous ont dit qu’on nous avait vu lancer des coktails molotov et qu’ils savaient qu’on faisait cela régulièrement et qu’on avait intérêt à tout avouer ».

Ils ont ensuite laissé les gamins entre eux et sont sortis de la salle d’interrogatoire… ce que les gamins ne savaient pas c’est que les soldats enregistraient leurs propos en secret pendant ce temps d absence.

Ils les ont ensuite sortis de la salle et les ont fait attendre plus de 10 heures par terre. Retour en salle d’interrogatoire en leur disant qu’ils avaient tout ce qu il leur fallait et qu’ils allaient être transférés en prison. Avant le tranfert les soldats lui ont fait voir son père en lui disant de bien en profiter car il ne le reverrait pas avant longtemps : 10 min avec son pere et il se fait embarquer avec son copain vers la prison d’Ofer

Centre de détention Ofer, prison et tribunal militaire ( Beit El Settlement Compound)

Les forces de l’occupation israélienne ont commencé à utiliser Ofer en tant que centre de détention en 2002 et ont transféré l’autorité de gestion de la prison d’Ofer, de l’armée d’occupation aux services pénitentiaires israéliens en 2005. Connu sous le nom de « Ofer Camp », le site a été construit sur des terres expropriées du village De Beitunia en Cisjordanie - à seulement quatre kilomètres de la ville de Ramallah. Le Centre de détention d’Ofer a été temporairement fermé pour être réouvert avec de nouvelles sections de détention lors de l’invasion israélienne des villes de Cisjordanie en 2002, en raison du nombre élevé de prisonniers et de personnes arrêtées. En plus des prisonniers, les détenus administratifs et les enfants sont également envoyés à Ofer.
http://www.addameer.org/prisons-and-detention-centers#offer

Jugement et incarcération :

Les gamins sont transférés à la prison d’Ofer. Après deux jours d’incarcération, ils sont amenés devant la court militaire. La parole est exclusivement donnée aux soldats qui les ont arrêtés et aux investigateurs. La sentence arbitraire tombe : 5 mois d’enfermement !

À l’intérieur de la prison, les gamins sont dans une section spéciale : peu ou pas de contact avec les adultes. O. nous explique qu’ils étaient environ 110 de 13 a 17 ans et demi. Les filles et les garçons sont séparés.

La vie quotidienne en prison : à 5h du matin ils doivent se lever et rester debout tant que les soldats ne leur donnent pas l’ordre de se recoucher. Levés ensuite à 7h, ils ont pour obligation de se coucher à 11heures du soir.
Ménage tous les jours des cellules.
Les soldats viennent fréquemment les réveiller pendant la nuit et leur demandent de rester des heures debout devant leur lit.
Deux repas par jour sont servis : petit déjeuner et repas du soir. La bouffe est de très mauvaise qualité.
Le reste du temps les gamins restent dans leurs chambres et dans leurs sections. Ils ne voient que très peu les adultes qui prennent soin d’eux autant que possible. O nous explique qu’il y avait un chanteur qui tout les jours essayait de créer une ambiance sympa… Les gamins suivent les nouvelles a la télé quand ils y ont accès.
Chaque gamin est plus ou moins rattaché à un parti qui tente de prendre soin de lui et de participer à sa formation politique.
Des bouquins de Ghassan Kanafani (un écrivain palestinien membre du FPLP, assassiné par les Israéliens en 1972) circulent en cachette dans les sections et même celles des plus jeunes.

La puissance occupante fait intervenir quelques profs une fois par semaine (palestiniens de 48) qui donnent aux gamins des cours Maths, d’Arabe et d’Hébreu....

Le droit aux visites est très restreint. O. n’a pu voir son père que 5 fois en 5 mois...

Gréve de la faim et soutien des jeunes

O. était présent dans les geôles israéliennes lors du dernier mouvement de grève de la faim. Il nous raconte qu’eux aussi ont participé et ont voulu soutenir le mouvement des adultes.

Ils ont boycotté la nourriture qui leur était amenée par les soldats, ont observé des minutes de silence et ont arrêté d’aller en cours. Pas de chants, pas de rires dans leurs sections et ce en soutien au mouvement.
Ils ne sont peu ou pas sortis de leurs cellules pendant tout le mouvement et essayaient de se tenir informés du mieux qu’ils pouvaient avec la peur d’apprendre que quelqu’un était mort.

Après 5 mois d’enfermement et de mauvais traitements, les soldats sont venus le chercher avant-hier en lui disant de préparer ses affaires.
Il ne fallait surtout pas pleurer de laisser les autres là-bas nous a-t-il dit et il jure qu’il s’est tenu droit et a salué tout le monde sans verser une seule larme. Une marque sur son bras lui a été faite avant de sortir par un de ses camarades de section… pour ne jamais oublier !

Pour la suite : l’envie de se battre pour son pays et de continuer à étudier.

On lui souhaite une belle vie et de la réussite dans tout ce qu’il va entreprendre, de faire attention à lui, petit oiseau qui vient juste d’être libéré comme il nous le dit...

Fais attention à toi petit oiseau, on n’oublie pas, on ne pardonne pas !

Fin décembre 2015, 116 enfants palestiniens de 12 à 15 ans étaient détenus en détention militaire israélienne, onze fois plus que l’année précédente.

Au total, ce sont 440 enfants âgés de moins de 18 ans qui sont actuellement retenus en détention militaire, c’est le nombre le plus élevé depuis que l’armée israélienne a commencé à publier ses statistiques en 2008, et c’est près de deux fois et demi le nombre d’emprisonnés d’il y a un an.
Selon Defense for Children Internatinal – Palestine (DCI-P, Défense internationale des enfants – section Palestine), aucun autre pays au monde ne poursuit systématiquement des centaines d’enfants devant les tribunaux militaires chaque année.
DCI-P documente minutieusement les tendances alarmantes dans l’incarcération israélienne des enfants dans un nouveau rapport, No Way to Treat Child (Ce n’est pas une façon de traiter un enfant), qui relate en détails l’ampleur avec laquelle Israël a avili les droits des enfants qui se trouvent sous son régime militaire.

Pour aller plus loin :

http://www.aurdip.fr/le-nombre-des-enfants-palestiniens-1872.html?lang=fr

https://plateforme-palestine.org/La-vie-des-enfants-palestiniens-dans-les-prisons-israeliennes

Sur le web

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