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Voyage en Palestine - octobre 2011

vendredi 7 octobre 2011

Des problèmes avec les claviers arabes ou qwerty, des connexions internet qui sont très loin du haut débit… Les volontaires qui participent aux cueillettes ont bien du mal à nous transmettre les informations régulières qu’ils nous avaient promises. Pas de photos pour l’instant, on verra avec les premier d’entre eux qui sont rentrés ce qu’ils ont dans leurs bagages pour illustrer ces textes dans les jours qui viennent.

Les textes qui suivent sont rédigés par des personnes différentes, les groupes de volontaires se relayant sur place, ce qui peut entraîner parfois des répétitions, ou des effets d’échos… Nous publions tout : le lecteur saura faire son tri !

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Groupe 1

7, 8 & 9 octobre

Notre premier groupe s’est retrouvé vendredi 7 oct. devant la porte de Damas à Jérusalem après une entrée un peu longue pour l’un d’entre nous à Tel Aviv. Après un petit passage à Qalandia, camp de réfugiés près de Ramallah, un « service » nous emmène à Deir Istiya (il n’y a pas de bus le vendredi).
Tout de suite, Pierre et Ronan sont frappés par l’accueil chaleureux de la famille, et les qualités de relations avec ceux qui sont déjà venus.

Samedi, la cueillette des olives s’est faite à Zawiya en face de la route israélienne qui part de Tel Aviv et va à Amman. Nous partageons le travail mais aussi les repas traditionnels avec nos hôtes. Pierre et Ronan ont porté des sacs d’olives à dos d’homme, près de l’âne chargé de manière identique. Nous avons beaucoup discuté avec les habitants sur la vie difficile de l’occupation et la politique actuelle en Palestine.

Dimanche, nous partons en bus vers Ramallah en passant par tous ces petits villages comme Marda, Skaka, et Yassouf, Salfit, ce qui fait un long trajet pour contourner la colonie israelienne d’Ariel. A Ramallah, c’étaient les 25 ans de l’Union des comités de travailleurs de l’agriculture (UAWC). Le rythme de cette conférence faite de discours, de diaporama, de danses, nous a permis de comprendre et d’apprécier ce moment. Il y a d’abord eu les rôles de ce comité contre les usurpations de terres, les constructions des colonies, et pour l’autonomie concernant les semences. Le 2ème discours incitait les gens à développer l’agriculture et à refuser les financements américains qui ont une drôle de définition du terrorisme.

Nous sommes ensuite allés à un rassemblement pour être solidaires des prisonniers politiques palestiniens en grève de la faim depuis 14 jours, parmi lesquels Ahmed Saadat, Président du FPLP. Ils manifestent contre leur mauvaises conditions de vie, leur isolement et leurs déplacements injustifiés. Comble, les Israéliens veulent qu’ils paient les frais pour cette situation.

10 octobre

Aujourd’hui, lundi 10 octobre, journée de cueillettes sous une chaleur torride, avec un couple palestinien très sympathique, qui a ménagé de nombreuses pauses, et qui nous ont permis de constater que de nombreuses famille de Deir Istiya ont eu des morts en rapport avec la résistance.
Bonsoir à tous.

À propos de Wadi Qana
Le village de Deir Istiya possède une vallée fertile, au nord-ouest, qui produisait les fruits et légumes pour tout le village avant l’implantation des colonies. Peu a peu la vallée est cernée par sept colonies qui pompent l’eau de ruissellement et mais également les nappes phréatiques, raréfiant les cultures (a vrai dire il n’en reste plus grand chose) et rendent l’accès moins sûr pour les paysans du village.
Un problème semble résolu suite au protestations palestiniennes : les colonies déversaient il y a peu toutes leurs eaux usées dans la vallée. Cela semble avoir cessé !

Nous sommes donc sollicités pour accompagner un des fermiers dans sa récolte d’olives au cœur de Wadi Qana deux jours de suite. Toutes les colonies sont perchées au sommet des collines qui surplombent la vallée, les israéliens souhaiteraient s’accaparer Wadi Qana qu’ils ne s y prendraient pas autrement.
Pour autant, durant les deux jours ou nous travaillons dans les champs situés au pied des colonies, il ne se passe rien d’inquiétant mis a part deux passages furtifs de colons.

Mouna et autres volontaires

Nous avons quitté Jérusalem pour Deir Istiya. Retrouvailles forcément émouvantes, on échange des nouvelles des enfants. Images de vie : avec leur toute nouvelle caméra, ils ont filmé Minou jouant avec une peluche. Pendant que nous regardons le film, Minou, prend une place entière sur le canapé, le museau dépassant tout juste de la couverture … Barbares de Palestiniens …

Nous partons visiter le village médiéval. Toutes les pièces rénovées après les chantiers de 1996 et 1998 sont maintenant retournées à l’abandon, vitres cassées, mobilier en vrac, vieux papiers jonchant le sol, à l’exception de la salle du haut (celle dont la clé de voûte comporte un fossile ammonite) où se trouve un équipement informatique à la disposition des gens (1 h pour 3 shekels, c’est à dire plus ou moins 0,60€). Cet atelier est fréquenté par une cinquantaine de jeunes, l’argent récolté servira à payer … la réfection des pièces détériorées.

Le centre médical du bas n’a pas été endommage mais il est fermé car il y a pas d’argent pour continuer à payer le docteur. Tout est toujours à faire et à refaire en Palestine. A défaut d’un État indépendant, organisé, assurant la pérennité des services sociaux de base, tout repose sur des initiatives associatives qui dépendent beaucoup des aides internationales. En cas de difficultés financières ou de conflits politiques internes, toutes les constructions réalisées s’effrondrent … Et il faut repartir de zéro !!!!!! Chose que les Palestiniens savent très bien faire, d’ailleurs.

Retour à la maison. Naima nous explique qu’elle doit travailler à l’organisation des prochaines consultations données par un ostéopathe israélien qui doit venir dans quelques jours au village. Les listes sont longues, il ne faut pas faire perdre de temps aux gens car c’est la pleine période de cueillette des olives. Tout doit être chronométré. Ce médecin est d’origine allemande, son père était SS (Naima nous dit : » He killed many many jews »). Sorti de l’adolescence, il rompt avec son père, part en Israël, tombe amoureux du pays, en même temps que d’une belle juive. Il se marie, a des enfants et part exercer dans la vallée du Jourdain (territoire palestinien d’après le plan de partage). Il découvre des arabes travaillant dans les champs et , s’adressant à l’un d’eux, il lui dit son étonnement de voir autant de « travailleurs immigrés ». L’ouvrier est un militant communiste palestinien qui lui explique qu’il ne s’agit pas d’immigration mais de colonisation. Début d’un long travail et d’une longue maturation de la conscience. Pour finir par donner, chaque semaine, deux jours de travail bénévole dans les dispensaires palestiniens. Et si , au delà des frontières, on pouvait se rencontrer sur des valeurs humaines ???

Le soir, un groupe du Mouvement International des Femmes pour la Paix vient nous visiter (Angleterre, Allemagne, Monténégro, France) : c’est un groupe de vigilance qui reçoit les demandes d’aides des Palestiniens et intervient en cas de problème avec l’armée ou les colons. Elles louent une maison qui leur sert de Q.G. et où elles sont joignables nuit et jour. Elles se relaient en permanence et restent sur place pour des périodes maximum de trois mois. Leur médiation est, bien sûr, pacifique. Elles compilent toutes les atteintes aux droits de l’homme également. Aujourd’hui elles sont un peu inquiètes car depuis deux jours, elles reçoivent des appels étranges d’un homme qui leur demande ce qu’elles font. Le téléphone sonne. C’est lui. Zouheir prend le téléphone : « Who are you ? » Pas de réponse. Appel coupé. Zouheir : « Soyez prudentes, ça peut être la police israélienne mais aussi « a bad man ». Nous avons, nous aussi, nos dérangés !!!  »

Nous parlons de la situation dans nos pays respectifs et dans le monde : beaucoup de misère pour les uns, beaucoup de richesses accumulées par d’autres. Toujours la même histoire … Nous nous quittons en promettant … de faire la révolution demain.

17 octobre

À 7 heures, nous sommes dans les champs avec les paysans. On étale les bâches sous les arbres puis on les caresse avec de petits râteaux (ici, pas question de les battre). Cette année, la récolte est moyenne. Dans le Nord de la Palestine, les collines sont couvertes d’oliviers. Ici, chaque famille possède quelques arbres, au moins. Que le chef de famille soit ouvrier ou enseignant, les olives restent une source de revenus importante. Mais, au delà de l’aspect financier, c’est un attachement profond qui unit l’homme à l’arbre et, à travers lui, l’homme à la terre. Comme dit Zouheir « J’ai deux amours, les enfants et la terre. Quand tu aimes les enfants, ils t’aiment, quand tu aimes la terre, elle te le rend ».

À propos de Deir Istiya
Le village de Deir Istiya se trouve dans le district de Tulkarem, près de Naplouse. Les colonies forment, depuis Tel Aviv, une gigantesque barrière ouest-est qui vise à morceler le territoire palestinien (il en existe d’autres, avec des barrages, à la hauteur de Jérusalem et Bethléem). Deir Istiya se trouve coincé dans une espèce de patte de crabe que font les colonies à cet endroit. Le village est totalement encerclé (Nofim, Yaqir, Immanuel, Revava, Qiryat Netafim, Ariel). Toutes ces colonies sont reliées entre elles par des routes qui, selon les tensions du moment, sont ouvertes ou pas aux Palestiniens (lorsqu’elles sont fermées, il reste aux Palestiniens des routes en piteux état qui tiennent parfois du sentier muletier). Le projet d’Israël est de construire le mur de la honte en bas du village, vraisemblablement le long de la route principale, coupant ainsi Deir Istiya de ses terres les plus fertiles et de Wadi Qana, une petite vallée de rêve qui se trouve être aussi … le point d’approvisionnement en eau potable du village.
Aux abords des colonies et des routes de colons, les champs sont régulièrement « visités » (arbres coupés ou brûlés). Les paysans qui possèdent des terres dans ces endroits sont en permanence sur le qui-vive. Le rôle des internationaux est de permettre aux paysans d’y accéder (sinon, au bout de 3 ans, les terres sont considérées comme « abandonnées » et prises par Israël) et de faire en sorte que les cueillettes puissent se faire normalement. En ce moment, les routes sont ouvertes et nous ne verrons aucun soldat ni colon ce jour-là. Perchés en haut des arbres, la tête dans le soleil, on se prend à imaginer un autre monde en entendant la pluie des olives tomber sur les bâches. Dans le champ d’à coté, des chèvres aux longues oreilles broutent paisiblement sous le regard indolent d’un petit berger. D’un bout a l’autre de l’oliveraie, résonnent les appels des paysans entre eux et les éclats de rires. Coincé entre trois cailloux, un petit feu de bois nous mijote un thé à la « maramiya » (sauge).

Les volontaires diront que ce séjour à Deir Istiya leur aura fait du bien, tout en les éclairant sur la situation. S’ils n’auront pas eu à intervenir face aux colons et aux soldats, ils auront au moins pu saisir ce que pourrait être ce pays … Mais, quand même, zut, quel gâchis toute cette merde autour ! Ici, il n’y a pas d’irrigation, les terrains n’ont pas été labourés autour des arbres, les olives ne sont pas très grosses. On bossera d’arrache-pied jusque vers 16 h, 16 h 30 et pas question de laisser traîner une olive par terre. On termine un peu sur les rotules mais tout le monde est content. La nuit tombe déjà.

Ce soir, nous sommes invités par les familles de paysans avec qui nous avons travaillé. Mais, avant cela, tout le groupe fait un petit détour par le jardin de Badriya, l’ancienne directrice de l’école primaire. Plus que d’habiter une maison, Baba habite son jardin. Dès le bas de la rue, c’est l’odeur du jasmin qui nous guide puis l’énorme masse de ses bougainvilliers blancs qui capte nos regards. Enfin, c’est la plongée dans le vert. Bomelas, orangers, clémentiniers, pruniers, askediniyas, citronniers, pommiers, abricotiers, amandiers … « Un vrai jardin d’Eden », ne cesse de répéter Annick émerveillée. Une respiration dans la fournaise.

18 octobre

Traversée Nord-Sud Aujourd’hui, nous devons quitter Deir Istiya pour Halhul, près de Hébron, au Sud (+ ou – 100 km). Le trajet « ordinaire » consiste à redescendre jusqu’à Ramallah, prendre un autre bus jusqu’à Jérusalem, puis un troisième jusqu’à Bethléem et, enfin, un dernier jusqu’à Hébron (on est en effet oblige de changer de véhicule à chaque passage de barrage).

Aujourd’hui, c’est le jour de l’échange du soldat israélien Guilad Shalit contre 477 prisonniers palestiniens. Tout le monde ne parle que de cela. Naima doit aller à Zawiya, son village de naissance, pour accueillir un des habitants qui doit être libéré, il a passé 26 ans en prison. Badriya ira à Ramallah pour y accueillir son cousin. Naima dit que tout le monde ne pense qu’aux prisonniers mais qu’il faudrait aussi aider leurs femmes. Le prisonnier de Zawiya n’a vécu que 6 ans avec sa femme. Quand il a été arrêté, ils n’avaient pas 25 ans, ni l’un ni l’autre. Durant toutes ces années, elle a élevé seule ses enfants, tout en travaillant. Elle est devenue une responsable des comités de femmes, très respectée par tous. Comment envisager qu’elle puisse maintenant retrouver un rôle subalterne ?

Nous allumons la TV palestinienne pour avoir des infos. Nous y voyons des images du soldat Shalit à sa libération, visiblement amaigri et éprouvé. Nous nous prenons à rêver qu’après tout ce qu’il a vécu (y compris, de l’intérieur, les terribles bombardements sur Gaza), il dénonce la politique de colonisation et de répression israélienne et demande … la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens. Sur l’écran, apparaissent aussi des images de la foule réunie pour accueillir les prisonniers libérés… et là, nous comprenons qu’il ne sera vraiment pas possible de transiter par Ramallah. La ville entière est paralysée par l’événement : 200 000 à 250 000 personnes. Pour donner une échelle, il faut savoir que la Cisjordanie est plus petite que l’Ille-et-Vilaine. Imaginez un tel rassemblement à Rennes …

Pour descendre sur Hébron, nous n’avons pas d’autre choix que de faire un large détour par l’Est, en partant en direction de Jéricho. Nous ferons donc une large boucle pour contourner Ramallah, bien sûr, mais aussi Jérusalem et Bethléem en empruntant la route des colons. Nous sommes frappés par la quantité de nouvelles colonies construites (elles commencent toutes par de petits mobile-homes, peu a peu remplacés par des constructions en dur) et par l’extension des anciennes (voir les cartes réalisées par l’UNRWA, office de l’ONU pour les réfugiés palestiniens). Peu à peu, les terres agricoles sont confisquées (quand ce ne sont pas les maisons qui sont volées ou détruites comme à Jérusalem ou Hébron) et l’espace réservé aux Palestiniens se réduit comme une peau de chagrin. Vue d’Europe, la question des colonies semble une question annexe (quelques petites maisons, ici ou là, pas bien problématiques, somme toute). Vu d’ici, c’est LE problème central, une sorte de gangrène qui envahit tout a la vitesse grand V, comme une promesse de mort pour un État palestinien indépendant. Tout ce temps, passé en négociation (qui n’ont abouti a rien), tout ce temps redemandé pour de nouvelles négociations avant la reconnaissance de l’État palestinien n’a servi et ne servira, pour les Israéliens, qu’à jouer contre la montre pour coloniser toujours plus. Savante tactique. Quand la communauté internationale et les Palestiniens attendent, Israël agit. Politique du fait accompli. Nous nous disons que, finalement, ils ont gagné la première manche. Ils contrôlent déjà tout le territoire avec leurs colonies, ils peuvent bien laisser des corridors de circulation aux Palestiniens, comme on laisse les dessous d’évier et le dos des plinthes aux cafards puisque, de toute manière, on ne parvient pas a les éliminer totalement. Et, ce que le touriste lambda, peu averti, peut considérer comme un généreux don de liberté de circulation n’est, en fait, que le cri de victoire de l’oppresseur. À l’intérieur d’îlots parfaitement contrôlés, on pourra, allez, donner aux indigènes quelques Macdo somnifères, quelques écrans cocaïne et, pour les plus dorés d’entre eux, quelques boites de nuit hyper branchées. Quant à ceux qui ne supporteront plus de croupir dans ces prisons … ils pourront toujours partir (il y a tellement de pays arabes autour … « de la seule démocratie du Proche Orient »).

Il s’agit bien sûr là du scénario catastrophe qui ne prend pas en compte la résistance du peuple palestinien. Pas plus qu’il ne prend en compte l’influence des mouvements de solidarité dans le monde. Pas plus qu’il ne prend en compte ce qui peut se passer a l’intérieur même de la société israélienne (car, enfin, quel désastre pour un pays que de sacrifier ses services sociaux pour des dépenses coloniales).

Autre fait marquant de notre descente vers le Sud la quantité incroyable de petits rassemblements sur le bord des routes. Des gens sont là, avec leurs petits drapeaux palestiniens, leurs sonos, parfois leurs instruments de musique, parfois des cars. Ils attendent le retour des prisonniers. C’est la fête, tout le monde se salue, se klaxonne. Même si nous imaginons bien que ce n’est pas partout pareil, nous ne verrons flotter aucun drapeaux verts du Hamas. Arrivés chez Raed, nous allumons la TV française où passent en boucle le visage émacié et le regard doux et un peu égaré du soldat Shalit. On voit sa famille, émue. Des Palestiniens, nous ne verrons que des hommes joufflus, barbus, une femme, quand même, mais auteur d’attentats contre des innocents et des hommes masques de vert, vociférant des menaces, brandissant le coran et d’énormes mitraillettes. Aucun d’entre eux n’aura de nom, ni de famille. Sur le plateau, en direct, un responsable de l’association d’amitié avec Israël expliquant comment le soldat a été lâchement kidnappé « en Israël » (Gaza ???) et une liaison téléphonique avec une porte-parole de l’AFPS (qui, d’ailleurs, ne relèvera même pas l’énormité du propos). Rien sur Salah Hamouri. Heureusement qu’il nous reste encore des émissions comme « Un œil sur la planète » pour croire encore un peu dans le service public d’information… Ronan, lui, était arrivé à Hébron avant nous. Il avait eu le temps d’assister à la manifestation. En début de cortège, le Hamas, les enfants devant reprenant les slogans. Derrière, les autres organisations politiques. Il ne cache pas qu’il est dubitatif et ne peut manquer d’être interpellé par cette présence massive du Hamas mais il est scandalisé par ce qu’il qualifie de propagande de la TV française.

Avant que le soleil ne se couche, nous partons voir le terrain acheté par la coopérative agricole As Sanabel, de Halhul. Un petit terrain, sur une terrasse, à flanc de coteau. La construction de l’atelier devrait commencer d’ici le mois prochain. Deux étages, un pour la livraison du raisin , le pressage et la pasteurisation, l’autre pour le stockage et la vente. En tout, 500 mètres carrés. Nous prenons des photos, Raed, le président de la coopérative, pose à notre demande, en faisant un peu le pitre, comme d’hab’, mais le sourire rayonnant. Ne manque plus que le papier de numérotation de la parcelle, délivré par l’autorité palestinienne (et ça, c’est pas gagné…). Image de la résistance civile…

Mercredi 19 octobre

Figuration…

Nous partons pour une cueillette et on nous prévient qu’on va rencontrer le gouverneur du secteur de Surif. Nos taxis s’arrêtent dans le village, envahi par l’armée-police palestinienne : kaki partout, gilets pare-balles, fusils mitrailleurs.

À coups de marches arrière, avant, klaxons (les chauffeurs sont des virtuoses dans ce domaine !), nous réussirons finalement à faire demi-tour pour partir vers le lieu de la cueillette. Genre « sous-préfet aux champs », mais en version moins sympa : altier et martial, le gouverneur passe devant nous, sans un regard, entoure de ses gardes du corps et d’une nuée de photographes et caméramen. Nous comprenons que nous ne sommes là que pour faire de la figuration. Le côté anti-militariste de bon nombre d’entre nous ressort : ça nous ôte toute envie de cueillir la moindre olive ! Le gouverneur, lui, en cueillera … deux sous les flashs … avant de repartir ! Des enfants du village, en tenue de scouts, nous offrent de l’eau et sont tout contents d’être pris en photo. Occupation principale pour quelques-uns d’entre nous : scruter le sol couvert de rognons de silex et d’éclats de taille (le lieu et l’orientation sont parfaits pour une occupation préhistorique). Nous remonterons dans nos taxis avant d’avoir eu le temps de trouver une belle pièce. Nous n’avions qu’une envie : foutre le camp pour aller aider de vrais paysans qui sont réellement menaces par la colonisation israélienne.

Un peu plus loin, toujours sur la commune de Surif, nous nous arrêtons en haut d’une colline : Raed fait dans la pédagogie, il nous invite a repérer les 4 points cardinaux, après quoi il nous demande de lui donner l’orientation de la « route » qui passe en contrebas. Incontestablement, vu qu’il est midi et, qu’à cette heure-là, le soleil nous indique le Sud, cette route, elle, est orientée Est-Ouest. En fait, il ne s’agit pas d’une route ordinaire mais du mur. Contrairement à ce qui se dit dans les médias, ce mur de la honte ne suit pas du tout le tracé Nord-Sud de la ligne verte (ligne d’armistice), il pénètre très profondément dans le territoire palestinien … d’Ouest en Est !

Vendredi 21 octobre

Ce jour, Vendredi 21 nous sommes partis à la manifestation contre le mur à Al Ma’asara. On a plein de photos et de vidéos mais nous n’arrivons pas à les charger sur l’ordinateur…

28 octobre


Les soldats sont venus nous « visiter  » avant hier, pendant la cueillette, mais ils ont simplement demandé à voir les papiers des Palestiniens puis ils sont repartis [1].

Au même moment, sur Naplouse, les colons attaquaient les paysans et l’armée venait les aider, bilan : plusieurs blessés à l’hosto et plusieurs paysans arrêtés.

Durant la nuit dernière, à 1h du matin, l’armée est entrée dans le camp de réfugiés de Balata à Naplouse : dix maisons endommagées, sans aucune raison et personne d’arrêté… question de plaisir ? On va essayer d’y passer samedi.

A Beit Furik, toujours près de Naplouse, une maison et une voiture ont été incendiées.

À Anata, près de Jérusalem, une fillette de 4 ans visée : une balle dans le cou (munition de guerre). Bref, l’ordinaire de l’occupation : ce dont personne ne parle dans nos médias français, puisque c’est bien moins palpitant que les mésaventures du soldat Shalit…

Notes

[1] si on n’avait pas été là, sûr que les paysans n’auraient pas pu rester