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Quand le Mossad Israélien sécurise un match de basket... en France !

lundi 29 octobre 2012

Layli, sympathisant de la Campagne BDS, a été interpellé ce jeudi 25 octobre pour avoir pénétré avec un drapeau palestinien à l’intérieur du stade au cours du match de Basket Chalon Tel-Aviv. Il passera en procès le 9 Novembre prochain (15 H au Tribunal de grande Instance de Chalon sur Saône).

LE JOURNAL DE SAONE ET LOIRE

(Voir l’article original du journal de Saone et Loire)

La venue du Maccabi Tel- Aviv était un événement pour les fans de basket et une vraie mission pour les responsables de la police nationale.

Drapeau palestinien déployé, un jeune spectateur fait irruption sur le terrain. Quelques secondes. Des agents de sécurité et des policiers en civil se précipitent pour le maîtriser. Il sera conduit manu militari dans un local sécurisé avant d’être conduit au commissariat. Une scène qui était redoutée par tout le staff en charge de la sécurité qui depuis une semaine s’était préparé à la réception du Maccabi Tel-Aviv.

Car dans le contexte mondial actuel, le déplacement de cette équipe israélienne se fait automatiquement sous haute sécurité. Le commissaire de police du commissariat de Chalon, Bruno De Bartolo, avait donc élaboré un plan d’action. Une note de service conséquente qui, en début de semaine, avait reçu l’aval du célèbre Mossad. Un « very good » écrit à la main qui avait valeur d’approbation et d’une confiance pleine et entière. « À chaque fois nous avons deux objectifs, expliquait, à quelques heures du coup d’envoi, le commissaire De Bartolo. Nous sécurisons l’intérieur et l’extérieur. »

Le flair de Dynamite
Pour cette mission, 30 fonctionnaires de police étaient engagés jeudi soir. Des policiers expérimentés de Chalon, mais aussi de Dijon et une équipe canine venue de Strasbourg, spécialisée dans la détection d’explosif. « Notre chienne est entraînée pour reconnaître tous les types d’explosifs que l’on connaît aujourd’hui  », expliquait l’un de ces deux policiers qui s’affairait à inspecter l’intérieur du bus réservé aux joueurs israéliens pendant que son collègue fouillait trappes et soutes avec sa chienne judicieusement prénommée… Dynamite ! « On vous jure qu’on ne l’a pas rebaptisée. On l’a eue comme ça !  » Quelques petites secondes de décontraction pour ces deux hommes et leur chien qui ont inspecté à trois reprises le Colisée et l’hôtel des joueurs. Un lourd travail de 19 heures cumulées pour la chienne. Dynamite a pourtant parfaitement tenu son rôle.

Il est 19 heures quand l’intensité monte d’un cran à l’arrière du Colisée. Le bus des joueurs arrive, encadré par quatre voitures de police. Devant la porte d’entrée, un agent du Mossad scrute la moindre personne inconnue. En cas de doute, les policiers sont chargés de la faire évacuer. 19 h 10, le bus ouvre ses portes et les stars de Tel-Aviv en descendent. Un cordon de policiers les conduit jusqu’à l’entrée et à leur vestiaire. Le niveau inférieur du Colisée est alors totalement sécurisé. Pour y pénétrer, il faut montrer patte blanche et badge assermenté à chaque détour de couloirs. Les contrôles sont stricts, impressionnants et les consignes appliquées à la lettre. Aucun détail n’est laissé au hasard. Pas même les effets personnels des secouristes de la Croix-Rouge, plus ou moins abandonnés dans une salle un peu trop proche des vestiaires de Tel-Aviv.

19 h 40, la salle commence à se remplir. Les premiers spectateurs installés sont les policiers en civils. Discrets, ils se fondent dans le public, le regard vissé dans les gradins. La police et la préfecture ont prévu d’installer le gros de l’effectif juste derrière le banc de touche des Israéliens. Des hommes expérimentés de la bac sont chargés de cette protection rapprochée. Et pendant la partie, à chaque temps mort, trois ou quatre agents de sécurité venaient encadrer le banc de touche des visiteurs.

Les policiers ont pu relâcher leurs efforts vers 23 h 30, quand le bus a quitté Chalon pour rejoindre l’aéroport de Genève.

En tout, trois personnes ont été arrêtées, dont une avec une banderole suspecte, et le jeune homme au drapeau. Un incident dont les policiers se seraient bien passés.

Le récit de Layli

ou Comment j’ai été brutalisé par le Mossad, dans mon pays.

Voici le récit exact de ce qui s’est passé vendredi soir au match de basket qui se déroulait à Chalon sur Saône, où l’équipe de la ville jouait contre l’équipe israélienne du Maccabi Tel Aviv.

Je suis venu au match avec un drapeau dans l’intention de l’exposer dans les tribunes pour exprimer mon soutien au peuple palestinien. Mais le stade se trouvait quadrillé de policiers en civil et en uniforme, ainsi que de chiens, et très vite d’autres jeunes visiblement en déplacement pour la même cause ont été arrêtés, fouillés, interrogés, et encerclés de policiers les empêchant de faire le moindre mouvement.

Voyant qu’ils étaient ainsi immobilisés, j’ai décidé de montrer le drapeau palestinien que j’avais gardé sur moi, et suis entré sur le terrain quelques secondes avec mon drapeau visible, avant d’être ceinturé et embarqué. [voir la vidéo]

Une dizaine d’agents de sécurité en costumes noirs m’ont escorté dans les coulisses du Colisée, dont l’un particulièrement virulent qui me mettait des gros coups de poing dans le crâne, à l’arrière de la tête, pendant mon parcours jusqu’au responsable du dispositif.

Certains ne parlaient pas français entre eux, et je fus davantage renseigné, quand l’un d’entre eux s’arrêta pour demander aux autorités locales de vérifier l’identité d’un journaliste qui se trouvait dans le carré de presse .

Apprenant qu’il était palestinien (et journaliste) il demanda son évacuation et son embarcation au poste pour interrogatoire.

A la lecture du reportage publié par le quotidien local "Le Journal de Saône-et-Loire", j’ai appris, après ma libération, des détails supplémentaires sur l’implication directe du Mossad, de A à Z, dans le déroulement de la soirée à Chalon sur Saône. Ce que je trouve particulièrement choquant. J’appris également qu’une femme avait été arrêtée pour avoir brandi un drapeau palestinien à la sortie du stade, une fois le match terminé  ! Elle ne fut libérée qu’à 6 H du matin.

Une fois mis en cellule, j’ai eu droit à diverses insultes de la part de policiers qui venaient me traiter de "Pauv’ con" et autres amabilités. Puis l’officier de police judiciaire vint me dire que j’allais être inculpé pour incitation à la haine raciale. Alors que je réfutais une telle accusation, il me déclara que c’est lui décidait, pas moi.

Une femme médecin est ensuite venue me sermonner de manière arrogante. Je lui ai dit de s’occuper de m’ausculter et signalé les coups qui m’avaient été portés au crâne, sans que cela ait l’air de la troubler. Je fus ensuite renvoyé dans ma cellule, où je me retrouvai en compagnie d’une personne âgée et ivre, alors qu’il n’y avait qu’un seul lit dans ce local exigu.

Après audition le lendemain, où je n’avais rien à déclarer, il me fut signifié à 13 H 30 que j’allais être déféré devant un tribunal pour une comparution immédiate.

A 15 H, quand ce fut mon tour de comparaître, le juge me posa une série de questions pour savoir si la haine était le moteur de mon action. Je répondis que mon geste, parfaitement pacifique, avait pour but de dénoncer la politique d’un Etat et que j’avais pour amis des Israéliens, qui eux aussi s’opposaient dans leur pays à la politique coloniale et aux exactions contre les Palestiniens.

Après une suspension de séance, le juge fit savoir qu’il acceptait mon refus d’une comparution immédiate et ma demande de report du procès, afin que je puisse préparer ma défense.

Mon procès aura donc lieu le vendredi 9 novembre prochain à 15 H au Tribunal de grande Instance (TGI) de Chalon sur Saone, et je vous remercie de votre présence et de votre soutien face à cette manière d’inverser les rôles, et de vouloir criminaliser des personnes qui luttent pour le respect des droits de l’homme et du Droit International.

Layli

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